L'Edition numérique à l'âge de l'internet mobile

HOMO-NUMERICUS, septembre 2002
http://www.homo-numericus.net.

H.N.- Où en-est selon vous le livre électronique ?


Jean-Philippe Pastor - Sur l’objet en lui-même, je n’en sais rien. En ce qui nous concerne, la question de la machine comme telle n’a jamais été déterminante. C’est une affaire de constructeur, voire d’opérateur ; certainement pas d’éditeur : une maison d’édition numérique est nécessairement multi-support. C’est évidemment le contenu qui compte, pas le contenant. Tous nos fichiers sont accessibles en XML, un langage capable de distribuer un même service sur différents supports au même moment : des ordinateurs portables, des tablettes numériques , des e-books ou des assistants personnels et maintenant des « smartphones ». Le grand changement en cours est que ces appareils sont désormais constamment connectés. Ils intègrent tous des modems téléphoniques haut-débit et ils n’ont pas fini d’évoluer ! En conséquence, ils appartiennent au monde des mobiles multimedia qui n’ont plus besoin d’être « rechargés » en information par un recours systématique au PC. Les machines sont entièrement autonomes, accédant à l’information directement en ligne par le réseau telecom, ce qui change considérablement la donne.

H.N.- Qu’est-ce que cela change d’être toujours en ligne plutôt que d’avoir accès à un fichier préalablement téléchargé ?


Le changement d’environnement est total. D’abord pour le lecteur qui évolue dans un système ouvert et qui est maintenant capable de lier un texte à n’importe quelle base de données en dynamique sans être cloisonné à l’intérieur d’un seul et même format de lecture. D’autre part en amont, l’éditeur est totalement rassuré du point de vue des droits. Il n’a plus peur du piratage : dans la mesure où tous les fichiers sont installés dans les serveurs en téléconsultation et non plus téléchargés dans les terminaux des utilisateurs, le copyright est désormais contrôlé. A la différence du web, l’éditeur numérique sur support mobile sait en temps réel qui est connecté et qui ne l’est pas. L’abonné est repéré grâce à l’utilisation qu’il fait de sa carte sim telecom comme avec son téléphone portable. Enfin la facturation est considérablement simplifiée. Sans conteste, nous sommes passés en quelques mois du modèle de l’Internet fixe où le gratuit prédomine à celui de la téléphonie mobile où le forfait est la règle.

H.N. - Les modèles économiques liés au développement du livre numérique ne semblent pourtant pas très au point…


Aujourd’hui le numérique sort à peine de l’âge de Bouvard et Pécuchet dont l’ambition initiale était de copier/coller toutes les connaissances sur des supports dématérialisés. On pensait naïvement pouvoir revendre sur le réseau ces fichiers-livres moyennant un prix de téléchargement comme s’il s’agissait d’un ouvrage physique en librairie. Cette façon de voir n’a aucun avenir.



H.N.- Mais alors que proposer à la place ?


Peu à peu, l’éditeur numérique comprend que l’échange économique se situe plutôt au niveau de l’accès aux services. Ce que l’on met en avant dans la chaîne de la valeur aujourd’hui, c’est le droit d’accès plutôt que le « contenu-produit ». L’édition numérique fonctionne en réseau et les échanges marchands commercialisent des droits d’entrée à un certain nombre d’applications éditoriales durables dans le temps. L’objectif des éditeurs n’est donc plus de vendre un livre comme un produit fini que l’on destine à un acheteur-lecteur (avec lequel les relations se concentrent sur l’acte d’acquisition pour ne plus jamais le revoir), mais de l’intéresser à des services qui doivent le satisfaire le plus longtemps possible. En conséquence, le lecteur n’est plus un acheteur, mais un abonné à des applications multiples : prestations de personnalisation en ligne, location de fichiers à consulter sur le serveur sans obligation de téléchargement, hypertextualité des oeuvres liées à des bases de données au choix (dictionnaires, encyclopédie, lexiques…), synchronisation des données pour son propre support mobile, messagerie intracommunautaire etc. C’est donc la capacité à rester connecté avec ses abonnés qui détermine la richesse économique de l’éditeur. Ce n’est plus l’accumulation d’un fonds éditorial pléthorique destiné à terme à une clientèle anonyme. Ce n’est donc pas la capacité à remplir les librairies par ses dernières nouveautés qui détermine la compétence d’un éditeur.

H.N.- Des services d’accord, mais que deviennent les contenus dans ce nouveau schéma ?


Côté contenu, ce qui compte, c’est le temps… le temps de construire de vaste machines textuelles ; c’est-à-dire des plate-formes où chaque abonné peut ensuite venir personnaliser ses demandes en ayant soin de peaufiner son profil. Pour ce faire, il faut intégrer des centaines de protocoles FTP (File Transfert Protocol) qui accueillent ou bien vont chercher l’information chez les fournisseurs de contenus et les placent ensuite sur nos serveurs. Ces fournisseurs nous communiquent en temps réel des informations pratiques constamment ré-actualisés. Le serveur quant à lui traduit l’afflux de ses fichiers en une version homogène XML. Cette uniformisation dans le langage permet ensuite de faire agir des dizaines d’applications spécifiques travaillant sur une base propre (ce qui serait impossible si les contenus n’étaient pas tous codés de la même façon). L’uniformisation du langage permet notamment de servir au client connecté la feuille de style correspondant à la nature de son terminal – et donc de profiter pleinement des fonctionnalités que son appareil met à se disposition. Aussi voit-on nettement qu’il est de plus en plus difficile de séparer les aspects techniques des aspects « contenus ». Pour s’en tenir au travail d’intégrateur en lui-même, il n’est plus possible de séparer le travail éditorial d’un côté et le travail d’intégration numérique de l’autre. C’est un seul et même projet capable d’être exploité sur n’importe quel support pourvu qu’il soit mobile et connecté…



Modélisation textuelle

H.N.- Ce n’est donc pas qu’un travail de présentation des contenus sur écran…


Le travail textuel dans le numérique n’est pas qu’un art de l’écran. C’est avant tout un art de la programmation textuelle et de l’indexation. Mise en rapport des données, algorithmes et calculs sémantiques en sont les principaux fondements. En ce qui concerne l’approche littéraire – qui est seulement une activité parmi celles traitant plus spécifiquement du pratique et du professionnel ( de la même manière qu’il existe dans l’édition classique des secteurs du même nom), l’auteur d’un texte numérique n’intervient plus directement sur un matériau visible par le lecteur au moment où il le découvre sur écran. Il agit sur un matériau qui lui est propre : le code source à l’origine du texte qui s’actualise constamment en fonction du programme mis en place. Il écrit par conséquent en effectuant en amont un travail de modélisation des textes, réévalué en fonction des incessantes actualisations qui surviennent à l’écran.


H.N.- En quoi consiste précisément ce travail de modélisation ?

Il s’agit de coder dans une norme unifiée sur les serveurs l’arborescence des documents, en distinguant préalablement leur forme logique par rapport aux services et leur contenu « cognitif » propre. Cette distinction n’est évidemment pas apparente à l’écran. Mais elle est essentielle afin de transposer un même document multimédia sur différents supports et pour différentes formes éditoriales.

H.N.- Toute cette littérature électronique peut néanmoins faire douter de la qualité du travail d’écriture…

Oui certes, le fait d’être en ligne donne l’impression de textes éphémères, qui ne peuvent pas être repris, re-travaillés, etc. En réalité, c’est l’inverse qui se passe. C’est uniquement lorsqu’on s’en tient au niveau du texte visible sur écran que se produisent les effets tant décriés de l’immédiateté, du temps réel et de la simplification à outrance dans l’information produite. C’est à ce niveau très apparent du rapport au texte et à l’information qu’on a faussement l’impression que l’effort de médiation, du travail symbolique opéré sur le contenu a totalement disparu. Qu’en bref l’effort de réflexion est absent. On croit faussement que le flux est préféré à la forme, que les textes en ligne se donnent pour la vie du texte elle-même plutôt que pour la représentation du sens qu’il doit promouvoir. On a peur que le média s’affirme aux dépens du médiateur. Or le défi est dans la capacité à offrir une offre de qualité par la finesse de sa préparation, dans le back-office. Tout l’intérêt du travail d’un intégrateur réside dans le compromis qu’il faut bien mesurer entre le travail de spécification des objets balisés (jusqu’où aller dans l’indexation et la pertinence des descriptions codées..) et le traitement automatique qu’on entend offrir au lecteur à partir de ce balisage.


H.N.- Mais où se trouve votre travail éditorial sur les textes ?


Sur le balisage des contenus. Le travail d’indexation, de hiérarchisation de l’information est de loin le travail le plus important pour un intégrateur de contenus sur l’Internet mobile. Il y a au niveau du code source des textes présentés sur écran tout un travail rhétorique d’écriture en amont. C’est la raison pour laquelle nous avons développé notre propre format de lecture PhoneReader résolument ouvert sur le réseau permettant au lecteur de créer son propre environnement en termes de services. Les précédents formats comme le format Adobe PDF ou Microsoft Reader fonctionnaient en circuit fermé.



H.N.- A vous entendre il semble que nous assistions à une modification de l’écriture et de ses codes dans l’utilisation que nous faisons des nouvelles technologies ?


C’est évident. Et de toute façon, nous devons nous prémunir contre une simple reproduction numérique de ce qui existe chez les éditeurs « papier ». Pendant un temps, les éditeurs numériques ont fait revivre la fiction éditoriale d’un livre maintenu dans son intégralité sous forme d’un ensemble de fichiers numériques Adobe ou Microsoft. Or nous sommes dans l’obligation de rompre avec la forme matérielle traditionnelle du livre. Nous ne pouvons plus espérer reconstruire la notion juridique d’une œuvre intellectuelle à la manière du sacro-saint copyright d’antan. Nous oublions que notre tradition d’écriture n’a rien d’immémorial. Elle a constamment évolué, y compris même dans les dernières décennies. Avons-nous par exemple oublié la révolution qu’a provoqué l’apparition du livre de poche il y a seulement cinquante ans? Dans les années qui viennent, nous allons nous habituer à des expériences d’écriture qui ne répondent plus à la forme « livre » mais organisent des corpus de textes électroniques sans support papier, présentant des signatures qui ne sont même plus selon les cas des « opus » ou des œuvres finies. Elles ne sont même plus délimitables dans leur temps de réalisation et sont sans cesse reprises par leurs auteurs. Ce sont des processus textuels ouverts sur les réseaux mondiaux et offerts à l’accès du lecteur devenu par moment coauteur. Ce sont des écritures en ligne que nous rejoignons en se connectant via une adresse http ou un serveur dédié…


H.N.- Cette façon d’envisager les lettres, la littérature ou « les humanités » ne nous renvoie plus à l’ idée du temps de lecture ou d’écriture auquel nous sommes habitués…


Il est clair que la nature du temps consommé devant l’écran d’un support mobile n’est pas la même que devant une page imprimée. La qualité du temps consommé avec un livre est bien supérieure à celle employée sur l’internet. Il y a indéniablement un effet prosaïque du temps consommé sur un site web où la qualité de lecture est désastreuse en matière de concentration et de réflexion - mais très profitable en termes de praticité. Selon moi, la lecture en situation de mobilité connectée fait la part des choses entre ces deux extrêmes. D’un côté le temps est nettement plus séquencé, dirigé, orienté vers des portions qui ne se présentent pas de la même manière que dans un livre; d’un autre côté ne plus avoir affaire à un ordinateur et son moniteur permet une liberté de mouvement favorable à l’invention et la création mentale. On peut toujours avoir l’impression d’un flux ininterrompu ; mais on découvre en même temps à quel point il est désormais possible de structurer ses contenus par un travail d’indexation personnalisé très poussé.


H.N.- En quoi le lecteur participe-t-il à sa lecture d’une manière plus active ?


Le lecteur participe à des scenarii qu’il emprunte selon le niveau d’accès auquel on le laisse intervenir. Il peut modifier substantiellement les paramètres correspondant à son profil afin d’obtenir le résultat qu’il souhaite à l’écran. La chose vraiment nouvelle dans le numérique tel qu’il prend forme aujourd’hui est qu’il est envisageable pour un lecteur d’introduire de l’inédit, de l’inattendu dans les techniques que l’on met à sa disposition; alors qu’il faut reconnaître que la forme papier s’y prête nettement moins désormais. Aujourd’hui plusieurs rédacteurs d’une même communauté d’intérêt peuvent intervenir continûment sur des textes préalablement mis en ligne par des auteurs absents au moment de la ré-actualisation des pages. Le processus d’accélération de l’information sur écran nomade promet des rencontres imprévisibles et des effets de lecture/écriture inattendus. Toutes ces nouvelles dispositions naissent du fait qu’on a mis un terme à la corrélation entre écrit et imprimé qui déterminait le temps qu’il fallait pour écrire un livre ou rédiger un texte. Tout peut encore et toujours s’actualiser et à plusieurs !



H.N.- Dans un tel univers en réseau, le livre « papier » n’est plus qu’un souvenir…


Je ne partage pas cet avis. Le livre est un support comme un autre qui soutient sa propre logique. D’un certain point de vue, il a même un grand avenir devant lui. Rien ne permet à terme d’envisager sa disparition. Son histoire est encore à inventer parallèlement au développement des nouvelles technologies. Pourquoi sacrifierait-on une possibilité d’écriture au moment d’en inventer une autre ? Se passer du papier, ce serait un peu comme si on avait décidé un beau jour de supprimer la radio sous prétexte de pouvoir allumer la télé.


H.N.- Reconnaissez tout de même que votre activité n’a plus rien a voir avec l’édition traditionnelle.


Je viens pour ma part de l’édition classique et je fais mon travail à de nombreux égards de la même façon qu’auparavant. Sur un grand nombre de points, j’aimerais conserver et maintenir l’exercice de toutes les vertus enracinées dans la culture « papier » ou la discipline des livres. Que ces vertus ou exigences soient de nos jours sans cesse évoquées sous des connotations passéistes et condescendantes ne doit pas nous empêcher de les ré-affirmer haut et fort. Il faut être très scrupuleux sur ces sujets. Mais je n’idéalise pas le travail de l’éditeur conventionnel pour autant. Il ne semble pas que les éditeurs « papier » aient tellement respecté l’objet-livre dont ils sont prétendument supposés défendre la survie. Le livre aujourd’hui est une industrie qui correspond à un montage social et économique délirant. Le nombre de nouveautés qui paraissent chaque année – environ 40 000 - et les ratio concernant les retours et autres invendus – qui peuvent aller jusqu’à 45% - sont proprement ahurissants. Ces constats nous amènent à nous demander où est la raison en matière économique et financière ? L’éditeur numérique est-il vraiment un doux rêveur si on compare son travail aux activités déraisonnables de l’éditeur au sens classique ? En tout état de cause le livre ne peut plus être l’expression d’un référent univoque qui doit avoir des droits prioritaires par rapport à d’autres modèles d’expression plus innovants. Le livre doit opérer lui aussi sa propre transformation.



H.N.- Pour l’instant le livre -papier sort tout de même grand gagnant de la bataille avec le numérique.


C’est sûr, on peut le croire mais les problèmes du livre-papier n’ont pas disparu comme par enchantement. Nous vivons actuellement les temps d’une fausse restauration dont on sait comment l’Histoire aime à les déjouer. Il s’agit en ce moment d’éviter l’erreur la plus tentante mais aussi la plus grave : réduire l’événement technique à une question strictement technique, rabattre l’invention technologique des nouveaux dispositifs multimedia à un simple développement mécanique de l’histoire du Papier, de ses possibilités virtuelles ou implicites. Les éditeurs les plus intelligents – et il y en a beaucoup – savent qu’ils vivent à proximité d’un gouffre.


H.N.- On a pourtant l’impression d’une grande régression dans l’acte de lire et d’écrire. Les éditeurs se posent comme les garants d’une certaine culture. La culture au sens traditionnel semble selon eux en danger, ne serait-ce que dans la mauvaise qualité rédactionnelle des textes mis à l’écran.


Oui, oui…c’est vrai; je ne dirais rien d’original en confirmant qu’on trouve de tout sur Internet, le pire comme le meilleur. Toutefois l’écriture numérique ne se limite pas à la lecture sur le net. L’expérience du numérique ne se réduit pas à rejoindre des sites où l’on trouve toute sorte de choses à lire. Pour ma part, je ne vois aucune régression dans ce qui se passe aujourd’hui dans l’écriture numérique. La régression me semble plutôt marquée du côté de la production littéraire contemporaine. D’ailleurs, il est remarquable qu’une évolution comparable à celle de l’écriture numérique dans ses pires aspects ait lieu dans les incessantes parutions des nouveautés « papier » : lisez des romans de rentrée à fort tirage, vous verrez à quel point les aspects mimétiques concernant l’écriture électronique sont forts. A n’en pas douter, l’écriture-papier se transforme sous nos yeux en écriture électronique. Quant à l’Ecriture en tant que telle, la vraie, gageons qu’elle soit encore une chose à venir…


H.N.- Dans bien des cas, et pour beaucoup d’éditeurs encore, écrire sur l’Internet semble pourtant bien superficiel.


Au contraire, la manière d’envisager la lecture s’est approfondie et l’acte de lire en lui-même s’est pluralisé. A beaucoup d’égard cette évolution technique, je le répète, n’a rien de technique : il me semble qu’il y a non seulement une actualisation des considérations théoriques et littéraires des grands auteurs « papier » dans le monde du numérique - je pense notamment à Genette, Barthes ou Derrida mais que nous nous trouvons également devant des situations inattendues qui devraient nous réjouir. L’invention est extraordinairement forte dans nos domaines. Quant à la culture dont vous parlez, dois-je rappeler que la plupart des grands philosophes ne se sont jamais « adaptés » à la lecture des livres imprimés. Il y a depuis toujours dans l’histoire de la pensée comme une inadéquation des idées avec l’évolution des supports empruntés pour les exprimer. Et je dirais même que cette inadéquation est consubstantielle à l’Histoire de la philosophie. Cela va de soi pour les anciens pour qui l’expression écrite allait jusqu’à tuer l’acte de penser, notamment les platoniciens. A ce sujet, il y aurait beaucoup à dire sur l’histoire des dialogues en tant que forme littéraire et philosophique. Mais cela vaut également pour les modernes qui comme Lacan, Deleuze ou Castoriadis n’ont souvent laissé volontairement de leur œuvre que la transcription rédigée de leurs séminaires publics…






PHONEREADER

Jean-Philippe Pastor : PhoneReader, un portail mobile, multimédia et monétisé au service des éditeurs

Fondateur de PhoneReader.fr, Jean-Philippe PASTOR présente son portail, ses outils d'intégration de contenu et sa vision du marché Le 09/09/2002 à 00:31

Entretien avec Jérôme Bouteiller
http://www.neteconomie.com.




NETECONOMIE 9/09/02

JB - Monsieur Pastor, bonjour. en quelques mots, pourriez vous présenter votre parcours ?

JPP - A l'origine, je suis éditeur de livre "papier". Après être passé par les principales maisons du secteur (Hachette, Armand Colin, Masson, Seuil, Ellipses etc.) il m'a semblé décisif d'entrer dans l'univers du numérique. Analyser le rapport entre support papier et support électronique est ce qui me tient le plus à cœur dans la profession. A cet égard, nos premiers partenariats chez Phonereader ont été contractés avec ces maisons traditionnelles, notamment l'édition professionnelle et pratique.

JB - Le rapport entre l'édition et l'Internet mobile n'est pas immédiat....

JPP - Certes non. Et d'ailleurs je n'ai jamais cru que la lecture au sens où les éditeurs classiques l'entendent pourrait se développer par l'internet fixe: il a fallu l'apparition de terminaux mobiles de type e-book pour me convaincre. Cette phase d’acquisition des machines par le marché est absolument nécessaire à l'expansion de la lecture numérique. Seulement, les premiers modèles mis en place par des sociétés spécialisées dans le livre numérique ne conçoivent leur activité que par téléchargement de fichiers, ce qui est à mon sens une lourde erreur: la lecture doit se faire "en dynamique" en restant connecté au réseau. Voilà pourquoi nous nous sommes d'emblée orientés vers les télécoms...

JB -Comment peut-on présenter PhoneReader ? Un portail "MMM", mobile, monétisé et multimédia ?

JPP - Cette définition est assez juste pour décrire le portail alo.phonereader.fr destiné à nos clients B2C, c'est-à-dire les abonnés disposant d'un PDA communicant. M pour mobile bien sûr, puisque le portail est destiné aux PDA communicants. M pour monétisé ensuite avec notre système de paiement électronique qui permet de suivre précisément la consommation de chaque abonné pour les contenus à forte valeur ajoutée (cette application est essentielle afin d'effectuer les reversements à nos éditeurs partenaires) ; enfin M pour multimédia, puisque nous proposons des contenus textes, images, audio et vidéo à partir de notre plate-forme. Mais fort heureusement, nous ne sommes pas uniquement un portail !



JB -Il n’empêche qu’on vous connaît essentiellement à travers votre portail MMM…

JPP - Le portail alo - always-on - est en effet notre vitrine. Les mobinautes peuvent par son intermédiaire tester nos kits de connexion, rejoindre les contenus sur notre plate-forme ASP, expérimenter nos applications mobiles. Mais ce n’est qu'une partie, peut-être la plus visible, de notre activité.
En effet, et c’est essentiel pour nous, nous développons avec notre partenaire technologique Labotec, des applications mobiles innovantes en ASP comme l'hypertextualité à la volée ou la synchronisation en ligne. C'est-à-dire des logiciels dont l'utilité n'a de sens qu'en situation de mobilité, je veux dire lorsque l’utilisateur est loin du moniteur de son ordinateur de bureau.
Mais ce que nous proposons en fait à nos partenaires opérateurs, constructeurs et distributeurs, c’est notre double savoir-faire éditorial et technique, qui dépasse le cadre de la seule maintenance du portail MMM.

JB - Selon vous, quels sont les services qui seront plébiscités par les mobinautes ?

JPP - Sans conteste les services liés à la messagerie pour plus de 50% du trafic. C’est l’activité principale que plébiscitent nos abonnés. Viennent ensuite les services liés à la localisation (en attendant une véritable géolocalisation). D’autre part, il me semble que l'agrégation information/services pratiques devrait se développer dans les prochains mois. Prenons un exemple : un abonné découvre une critique de cinéma, regarde la bande annonce sur son terminal, puis se renseigne sur les salles et les horaires les plus adaptés. Enfin, il réserve sa place via l'édition d'un ticket électronique par notre messagerie.

JB -Difficile d'éviter la comparaison avec AvantGo, Aladdino ou encore MobiPocket. Considérez vous ces sociétés comme des concurrents ?

JPP - Chacun possède ses propres caractéristiques. Je ne sais pas si ce sont véritablement des concurrents, dans la mesure où nous ne retrouvons pas ces sociétés dans nos négociations commerciales avec nos clients. PhoneReader est avant tout un intégrateur de contenus. C’est-à-dire que nous fournissons du contenu non pas sous forme d’une simple syndication mais en proposant du service via nos applications technologiques mobiles. Je ne crois pas correspondre ce faisant au positionnement d’AvantGo qui a d'abord privilégié le off-line en souhaitant vendre ses licences. Aladdino s'est recentré sur l'entreprise. Mobipocket a développé d’excellents logiciels de format de lecture qui sont maintenant connus dans le monde entier. Le nôtre, résolument construit pour le on-line et l’hypertextualité à la volée, est loin d’être comparable dans ses fonctionnalités. Il ne connaît pas encore la notoriété qui est la leur. J’ai aussi beaucoup d’estime pour Numilog qui fait énormément pour le livre électronique dans lequel nous continuons à croire.



JB -Comment vous positionnez vous face aux opérateurs cellulaires ? PhoneReader est clairement un concurrent de pda.orange.fr ou pda.6sens.com


JPP - Nous ne sommes absolument pas des concurrents des opérateurs. Comment pourrions-nous l’être ? Nous participons à notre mesure à la construction du marché de la téléphonie mobile haut débit. Il faudrait au contraire que les opérateurs s’appuient sur 20 ou 30 sociétés à l’image de Phonereader pour structurer le marché. Pour l’instant nous travaillons de manière très étroite avec les opérateurs/constructeurs. Il s'agit plutôt d'une collaboration que d'une concurrence directe. C'est tout l'intérêt de travailler en marque blanche.

JB -Vous êtes un portail mobile. Pourquoi ne pas opter également pour le wap ? Le marché du PDA communicant n'est-il pas un marché de niche ?

JPP - Il existe beaucoup de sociétés travaillant sur le wap, un marché en plein devenir. Je suis très impressionné par le succès de la formule Orange Sans Limite, qui a très nettement relancé le marché. Or nous sommes issus de la seconde génération, liée au GPRS et à l'UMTS. Tous nos développements ont été produits à partir du XML alors que le Wap privilégie le WML. Il nous faut donc retraduire notre base pour être actif sur le wap. Mais pourquoi pas ? Il est pourtant nécessaire de ne pas trop se disperser. Même si le marché du PDA communicant est encore un marché de niche ! Mais regardez ce qui se passe outre-manche avec le lancement du PDA XDA lancé par l'opérateur O2. Sans parler du bouillonnement du côté du WIFI et de la multiplication inouïe du nombre de sites internet mobile outre-atlantique depuis six mois.

JB - BouygTel a annoncé le lancement de l'i-mode dans quelques mois. Que pensez vous de cet environnement tant technique que commercial ?

JPP - Le pari de Bouygtel est audacieux. A la fois techniquement, car il faut convaincre les éditeurs d'adopter cette technologie… et commercialement, car il s'agit de convaincre des acheteurs peu satisfaits du wap. La difficulté va venir essentiellement de l’éditorial car les éditeurs européens ont une mentalité très différente de leurs homologues nippons. Il faut ensuite diffuser convenablement les terminaux correspondants. Tout ce travail promet d’être long. Quoi qu’il en soit, il faut souligner cet effort qui a le mérite de lancer le marché.

JB -Pour monétiser vos services, vous avez développé votre propre porte-monnaie virtuel. Pourrait-on imaginer un jour un système post-payé via la facture de l'opérateur ?



JPP - Sans conteste, nous sommes passés en quelques mois du modèle de l’internet fixe où le gratuit prédomine à celui de la téléphonie mobile où le forfait est la règle. Il fallait donc réagir face à ce nouvel état de fait. « Stylet » est l’application qui permet à l’abonné de gérer lui-même son abonnement de façon ludique et interactive. Il n’a pas à se confronter à un système de télé-paiement complexe pour avoir accès à chaque service consommé.
L’utilisateur souscrit un forfait en monnaie virtuelle sur le site web de PhoneReader. C’est ce forfait qui lui donne accès par pré-paiement à une quantité déterminée de « Stylets », la monnaie virtuelle.

L’abonné consomme mensuellement son forfait comme il le souhaite. Chaque service, fichier texte, audio et vidéo étant valorisé en Stylets, son compte Stylet est débité à chaque nouvelle consultation.

Le nombre de Stylets associés à un service ou donnée est défini en temps réel par le serveur selon plusieurs critères : fréquence de rafraîchissement de l’information, interactivité, mobilité, exhaustivité, praticité, poids, etc. L’abonné peut, d’un simple clic, connaître la valeur du contenu qui l’intéresse avant de le consulter. Il connaît à tout instant la situation de son compte. Il peut le re-créditer comme bon lui semble en rejoignant le site web phonereader.com. En ce qui concerne les opérateurs, un grand nombre de solutions sont aujourd’hui à l’étude. La nôtre vaut ce qu’elle vaut. Je suis prêt à parier que celle qui sera définitivement choisie sera très proche de la nôtre…





Huit hypothèses d’accès à l'Hyper-document

Les pages d’écran de la solution hypertextual.net sont consultées sur des machines numériques autonomes, accédant à l’information directement en ligne par le réseau telecom (GPRS ou UMTS).
La base de données est distante : rien n’est préalablement téléchargé sur le support de lecture choisi (livre numérique, assistant personnel, smartphone). Pas même les applicatifs. Les requêtes se font par conséquent en dynamique, sans être cloisonnées par un format de lecture propriétaire. Nous désignons par hyper-document tout document dérivé d'un document antérieur par transformation numérique. Cette transformation est obtenue par le choix d'un principe de navigation correspondant.



Modélisation

Dans la construction des différents modèles de l’Hypertexte mobile, nous considérons :

1. Le principe de navigation à l’origine du modèle hypertextuel en cours, à savoir l’algorithme qui permet de tracer le parcours de lecture/écriture parmi les éléments placés sur la plate-forme distante (voir le module inséré dans les pages de code dans l’élaboration de cet algorithme). Le principe de calcul des requêtes en dynamique est modifié en fonction de l’hypothèse relationnelle retenue (de 1 à 8): il se construit par intégration des fonctions temporelles de l'hypertexte (mesure du temps passé sur chacun des documents consultés dans le parcours, fraîcheur des pages appelées, prise compte de l'historique etc.), des fonctions de Recherche tenant compte des marqueurs identifiant chacun des documents, des fonctions préférences enfin, dépendant des choix du lecteur/scripteur à l'origine du parcours de lecture/écriture développé(paramètres utilisateurs).
2. La totalité des textes et des documents qui informent l’hyper-document en un contexte donné. Cet ensemble est structuré par un schéma de relation réversible (voir ci-dessus descriptif sommaire de l'algorithme et de son mode de variation occurrent). Les éléments rassemblés en un Tout font l’objet d’un marquage méthodique de manière à donner forme à ce Tout: en termes sémantique (signification), sémiologique (graphisme, choix des signifiants, forme de la représentation textuelle), circonstancielle (indicateurs des dates et des lieux etc.), génériques (nature du document selon son genre philosophique, littéraire poétique, algorithmique, autofictionnel etc..). Un système de filtrage leur est appliqué en fonction de l’hypothèse choisie; mais aussi de l’historique du parcours de lecture enregistré. L’importance des ces marqueurs varie selon le modèle choisi par un calcul d’indice.
3. L’unité de Base de la Solution qui consiste en un texte ou un document multimédia (images, sons, vidéos)marqué. Ces unités se répartissent en quatre sortes de documents qui diffèrent par leur statut : 1) Le document qui n’est qu’un moment dialectique d’un plus vaste ensemble. 2) La forme fragmentaire, concentrée qui à titre de document est déjà complète. Le document est ici son propre horizon en termes relationnels. 3) Le document lié à la mobilité de la recherche, à la navigation qui s’accomplit par séquences séparées et exigeant la séparation 4) Enfin la visée d’un Hyper-document qui se situe hors du tout de la Base documentaire. Soit parce qu’il suppose que le tout est déjà réalisé (toute opération hypertextuelle comprend déjà la marque de la totalité de l’Hypertexte) ; soit parce qu’à côté des formes de langage où se construit et se forme le tout , l’Hyper-Document met en scène l’opération d’une hypertextualité d'une toute autre nature: un parcours de lecture/écriture libérant la navigation d’être seulement navigation en vue de l’unité; autrement dit exigeant une discontinuité essentielle qui ne cherche plus à se situer par rapport au Tout. En ce sens, l’Hyper-Document crée alors un espace de langage où est en jeu quelque affirmation irréductible à tout processus unificateur.
4. Les hypothèses concernent le mode d’organisation des documents dans leur totalité inter-relationnelle. Elles répondent à la question du rapport qui lie l’algorithme de navigation à la Forme totale de la Base choisie : quel principe de calcul est retenu dans le parcours de lecture/écriture, compte tenu des choix opérés au préalable dans l’organisation globale de la Base de documents ? Selon qu’une hypothèse privilégie un mode de régularité plutôt qu’un autre dans la Base, le calcul des requêtes au moment du clic de navigation est modifié : dans la première hypothèse par exemple, c’est le changement incessant des principes logiciels et informationnels dans la Base qui prévaut ; dans la sixième, c’est au contraire la structure invariante des tables et des champs qui a l’avantage dans l’hyper-document. Toute une gradation dans les conditions réglant les rapports des éléments de l’hypertexte est ensuite établie.



Les trois modèles principaux

Les quatre premières hypothèses (modèle n°1) envisagent les modifications intervenant sans cesse dans l’hypertexte comme déterminantes par rapport à sa structure initiale. La variable "temps" est ici la plus déterminante. Ce qui importe ici, c’est la capacité logicielle de pouvoir modifier les tables de la Base et les champs à volonté. Ce logiciel dont la finalité est d’intervenir directement au niveau de la structuration des tables et de leurs modifications est un logiciel PHONEREADER dédié. Cet applicatif est installé sur la plate-forme au même titre que les autres logiciels requis : notamment l’application permettant la reconnaissance du user-agent du support connecté, la base de données des caractéristiques constructeurs des terminaux, la délivrance de la feuille de style et du format de lecture associé à la machine, framework.net, MSSQL, IIS, apache tomcat, ASP, ASPMAIL, ASPTEAR, Windows 2003, framework.net Mobile, imail server (ou équivalent), Norton ou équivalent, ImageMagick 6.5.
La cinquième hypothèse (modèle n°2) considèrent ces changements au niveau de l’enregistrement des tables dans leur égalité de traitement avec la forme actualisée des tables de la Base.
Les trois dernières (modèle n°3) donnent la primauté à l’organisation liminaire de la Base. L’accent n’est plus donné au développement de l’hypertexte dans la prise en compte de ses altérations à venir et du temps, mais plutôt sur ses aspects encyclopédiques actuels (simple remplissement de la Base et intangibilité des principes logiciels de navigation). Le schéma de relation qui lient les tables entre elles reste invariant. Les variables "cartographiques" l'emportent sur les variables "temporelles".



Hypothèse 1

Dans ce premier mode d’accès, on envisage l’Evolution de l’hyper-document en tant que son organicité, comme sa maintenance logicielle, se modifient sans cesse.
L’Hypertexte global n’est considéré que du point de vue de son dynamisme incessant. Cette Evolution illimitée dans le temps prime radicalement sur sa constitution occurrente – c’est-à-dire sur son contenu au moment où il est consulté à date. Ici seul le devenir perpétuel et radical de sa structure importe. Le parcours de lecture/écriture libére la navigation d’être seulement navigation en vue d'une unité de sens. Il exige une discontinuité essentielle qui n'a plus à se situer par rapport à la Totalité. L’Hyper-Document crée un espace de langage où est en jeu une affirmation irréductible à tout processus unificateur centralisé.



Hypothèse 2

On envisage ensuite l’évolution de l’hyper-document dans l’organisation générale des textes et documents (sons, images, vidéos) sujets à modification. Dans l’hypothèse précédente, les documents n’existaient pas en tant que documents : ils se transformaient sans cesse et n’avaient pas d’identité assignée ou relative (on ne pouvait pas par exemple leur attribuer un nom, ou bien un titre quand il s’agissait d’un texte). On envisage maintenant leur existence du point de vue de leur unité particulière et de l’altération dont cette unité est l’objet. Cette évolution globale du sens attribué aux documents, considérés dans leur communauté organique, prime toujours, comme précédemment, sur la constitution occurrente de l’hypertexte. Seulement, ce n’est plus le devenir radical de l’hyper-document (dans lequel les différentes parties ne se distinguaient pas encore) qui est visé ; mais le mouvement total des textes qui le compose. Un texte n’a de signification que par le sens général dicté par l’hypertexte s’auto-organisant au fil de ses différentes transformations.



Hypothèse 3

Il est maintenant question des textes et documents pris en eux-mêmes ; c’est-à-dire des unités textuelles et documentaires lorsqu’on les considèrent chacun du point de vue de leur mouvement propre. Ce sont les textes évolutifs considérés en eux-mêmes qui importent ; plutôt que le mouvement général de l’hypertexte qui les porte et oriente le sens qu’ils prennent dans l’ensemble – comme c’était le cas dans l’hypothèse précédente. En bref, ce ne sont plus tables et les champs de la Base relationnelle qui changent, mais les contenus de ces valeurs qui se modifient. C’est le changement particulier de chacun des textes appelé à être modifié qui donne à réfléchir; à part le contexte général hypertextualisé de tous les documents disponibles. Un texte n’acquiert de signification dans la mesure où il devient et change par lui-même. La littéralité générale de la Solution se construit par les significations particulières de chacun des textes qu’elle rassemble.



Hypothèse 4

Le devenir de l’hyper-document, dans sa structure comme dans son contenu, est maintenant considéré tout à fait à part les textes soumis à modification particulière.
Le destin de la métabole se scinde. Le principe se coupe de celui des éléments qui la composent : la littéralité générale de l’hyper-document perd sa signification. La différence entre les parties, assurée précédemment par le sens général donné à l’Hypertexte, disparaît ; ou plutôt cette différence se fait disparaissante, infiniscente. Il n’y a plus d’intelligence entre les documents qui désormais s’ignorent, il n’y a plus de tertium quid. Le devenir radical de l’hyper-document se réfléchit dans le niveau adverse des modifications de chacun des textes, et inversement.



Hypothèse 5

Le devenir radical de l’hypertexte est ici exceptionnellement égal à sa constitution occurrente ; et l’être constitué de l’hyper-document se confond avec le mouvement équilibré de ses modifications successives.
La Base est prise dans l’intervalle du changement et de la persistance. Elle va des modifications de ses principes logiciels aux invariants organisationnels qui se créent. Il en résulte que l’Hyper-document, à la fois fixe et changeant, va de l’être constitué de la Base à son développement, au cœur de ce point insaisissable dépourvu de toute épaisseur temporelle et spatiale : « le clic de navigation ». Nous voyons là les huit hypothèses se disposer symétriquement autour de la cinquième qui est leur miroir commun : deux groupes d’hypothèses se renvoient alors leur reflet inversé ; le premier insistant sur les modalités de développement logiciel, le second sur les invariants de la Base constituée. Chacun des groupes est articulé à l’autre par le chiasme de l’hypothèse centrale qui met instantanément à nu la réversibilité des opérations liées à la navigation dans le parcours de lecture/écriture. Retournant un pôle en un autre, le clic de navigation active l’ensemble des hypothèses distribuées autour de lui, articulant en regard les Développements aux invariants et les Invariants aux développements.



Hypothèse 6

L’organisation interne de la base de données, dans ses invariants, prend le pas sur le principe de sa processualité. L’Être constitué de l’hyper-document, son sens initial et établi, prime massivement sur son caractère processuel, son devenir radical.
Nous sommes amenés à considérer nécessairement l’hyper-document dans sa représentation spatiale, cartographique plutôt que dans sa processualité temporale (comme c’était le cas dans les quatre hypothèses précédentes). Tout texte compris dans le système hypertextuel s’identifie au Texte principal, comme dans un puzzle. La modification occurrente des documents est maintenant chaque fois accidentelle, et non plus substantielle. Relative à la structure pré-existante de l’HyperTexte programmé. Le changement n’est compris que comme un complément, un simple système de renvois, un remplissage de la forme posée. Le Texte principal de l’hyper-document, son « story-board », a une valeur pré-éminente sur les éléments qui s’ordonnent en fonction des principes initiaux. Nous sommes là dans un type d’organisation encyclopédique de l’hyper-document. Pour changer l’hypertexte, il faut changer la nature de sa structure encyclopédique toute entière.



Hypothèse 7

Une autre manière qu’a la nature actualisée de l’Hyper-Document de prévaloir sur son évolution interne.
C’est maintenant la Littéralité constituée des textes pris dans leur ensemble qui fait jouer ici la différence, le signe différenciant de chacun des documents par rapport à la totalité – alors que dans l’hypothèse précédente le principe de la solution hypertextuelle se confondait avec l’ensemble des textes et documents disponibles. Un document particulier n’est pas nécessairement subsumable sous la catégorie hypertextuelle du Tout. Le texte n’est pas ici une pièce du puzzle mais une unité hologrammatique de l’ensemble qui concourt à l’organicité de la Solution, sans s’y réduire.



Hypothèse 8

Ce n’est plus la littéralité générale des textes qui prime sur leur éventuelle transformation, mais chacun des sens exprimés par les textes en eux-mêmes qui prévaut.
Chacun de ces textes a éventuellement l’aptitude de se modifier, mais c’est leur sens liminaire qui prime sur leur devenir contingent. De par leur sens respectif, qui pour chacun d’entre eux les tient dans une identité assignée, les textes sont comme des images, des fantasmes d’une imagination galopante. En se changeant en images, ils sont de ce fait constamment soumis au risque du relativisme et de la condamnation unanime des autres. Une pluralité des absolus textuels se crée : l’unité de l’hypertexte total s’efface. Les documents sont comme des monades qui réfléchissent leur reflet les uns dans les autres par les liens du hasard.






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